Jean-Christophe Grangé est probablement l'un des meilleurs auteurs de romans à suspens français. Peut-être même l'un des meilleurs au monde. Et avec La Forêt des Mânes, Grangé a encore placé la barre très, très haut.
Le Vol des Cigognes, Les Rivières Pourpres, L'Empire des Loups, Miserere, ... Grangé a déjà atteint les sommets avec la plupart de ses romans. Les sommets des ventes, bien sur. Et puis les sommets d'une écriture incisive, précise. Puissante. Saignante.
Aujourd'hui, la Forêt des Mânes est une nouvelle preuve de son talent immense.
Violente parfois pesante, la lecture de ce roman est à la fois une épreuve et un besoin. Une épreuve ; lors des passages où l'auteur décrit avec précision les cadavres devant lesquels se trouve le personnage principal, Jeanne Korowa, juge d'instruction à Nanterre. Un besoin ; tant chaque page du livre appelle la suivante.
L'intrigue est passionnante, les personnages sont saisissants de vérité... Ce livre est une référence.
Extrait.
"Il y en avait au moins cinq morceaux.
Le buste, ventre ouvert, exhibait aux épaules et sous le bassin des os blanchâtres. Les quatre membres avaient été arrachés. La femme, ou ce qu'il en restait, avait la tête renversée, invisible. Ses cheveux baignaient dans une flaque.
Malgré l'horreur, qui l'éblouissait comme à rebours, à force de noirceur, plusieurs détails frappèrent Jeanne. La blancheur de la peau. La corpulence du corps. Ses épaules, ses hanches avaient la rondeur de rochers polis. Jeanne songea aux sculptures de Jean Arp. Forme blanches, douces, sans bras ni jambes, qui appellent la main, la caresse, par la seule pureté de leur ligne...
Répartis dans les ténèbres, Jeanne repéra les bras et les jambes. A moitié dévorés. Brûlés par endroits. Il y avait aussi, au fond, le long du mur, le paquet des viscères gris, agglutinés, baignant dans les eaux sales."
A lire. Sans hésiter.

