Les livres d'Amélie Nothomb ont cela de particulier qu'il est difficile d'y être insensible. Il y a l'école de ceux qui ne supportent pas, et celle de ceux qui adorent.
Son dernier romain produira probablement le même effet. D'autant que son sujet est cette fois un peu... sensible, justement.
Jugez plutôt :
"J'ai choisi un vol au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle plutôt que d'Orly. J'avais pour cela les meilleures raisons : l'aéroport de Roissy est autrement beau et agréable, les destinations sont plus variées et lointaines, les magasins hors taxes offrent davantage de possibilités. Mais le motif principal, c'est qu'aux toilettes d'Orly, il y a des dames pipi.
Le problème n'est pas de les payer. On a toujours une pièce qui traîne au fond d'une poche. Ce que je ne supporte pas, c'est de rencontrer la personne qui va nettoyer mes traces. C'est humiliant pour elle et pour moi. Je ne crois pas exagéré d'affirmer que je suis délicat.
Or je risque d'aller beaucoup aux toilettes aujourd'hui. C'est la première fois que je m'apprête à faire exploser un avion. C'est aussi la dernière fois, puisque je serai à bord. J'ai eu beau réfléchir à des solutions plus avantageuses pour moi, je n'ai rien trouvé. Quand on est un citoyen lambda, un tel acte implique nécessairement le suicide. Ou alors il faut appartenir à un réseau organisé, ce qui n'est pas de mon goût.
Je n'ai pas l'âme d'un collaborateur. Je n'ai pas l'esprit d'équipe. Je n'ai rien contre l'espèce humaine, j'ai de l'inclination pour l'amitié et l'amour, mais je ne conçois l'action que solitaire. Comment voulez-vous accomplir de grandes choses avec quelqu'un dans les pattes ? Il a y des cas où l'on ne doit compter que sur soi-même."
Le 18e romain d'Amélie Nothomb comporte 133 pages. Entre humour et ironie, mais toujours en maniant les mots avec la précision d'un chirurgien, il restera parmi les meilleures oeuvres de l'auteur.
A lire. Avec détachement.

